Lettre ouverte.
Je voudrais que le monde sache regarder en face le drame du sida, et ces dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants touchés dans le monde, surtout en Afrique. Nous ne pouvons accepter cette indignité qui voit le nombre des malades s’accroître au Sud quand les médicaments restent au Nord. Pour cela la France, déjà rejointe par de nombreux autres pays européens, s’est engagée à mobiliser ses hôpitaux autour de partenariats avec leurs homologues d’Afrique et d’ailleurs. C’est l’Europe de la santé que nous construisons ainsi. Et, après la médecine sans frontières, « malades sans frontières » que nous inventons. Nous traiterons les malades d’Afrique comme nous traitons les malades de France, un par un, sans espérer les sauver tous. C’est cela l’urgence thérapeutique et la mondialisation des solidarités. Au moins est-ce un début. Je voudrais que cette ingérence thérapeutique rejoigne le grand mouvement des relations internationales qui, peu à peu, fait du malheur des autres notre cause commune. Une ingérence qui n’est pas le nouveau visage du colonialisme mais, au contraire, l’expression d’une volonté de partage, d’une mondialisation des responsabilités.
Je voudrais que chaque jeune homme ou jeune fille de France puisse se porter au -devant des autres, puisse s’engager dans un service humanitaire ou social, en Europe ou dans le monde, avec l’assurance de n’être pas exclu au retour, mais au contraire mieux intégré à notre société, de s’assurer d’un petit pécule, de trouver un travail, chez nous s’il le souhaite.
Je voudrais que la France en finisse avec les non-dits, les opprobres, la langue de bois, les mensonges par omission. Je voudrais certes que l’on parle à nos enfants, mais également qu’on les écoute. Sur le cannabis, je souhaite un débat , autour de la réduction des risques et donc, d’abord, de l’information nécessaire. Je voudrais que nous offrions à nos enfants aventure et rêve de solidarité. Je voudrais qu’ils gardent le sens de l’indignation et qu’ils puissent se mobiliser pour protéger les minorités, toutes les minorités.
Bernard Kouchner
Lettre ouverte.
Lorsque j’entends parler ici et là d’euthanasie, de manipulations génétiques, d’une espèce d’eugénisme qui ne peut pas dire son nom, mais qui en filigane, derrière notre politique , je me dis qu’il est grand temps que nous ayons une réflexion profonde, culturelle, sur ce qu’est la santé. La santé ce n’est pas un état de complet bien-être physique, psychique et mental. Etre en bonne santé, c’est avoir la vigueur de mener des négociations avec le monde, avoir la force d’aller d’un équilibre à un autre, pouvoir se remettre d’aplomb après les accidents de parcours.
La santé n’est pas un état statique. Traiter les situations psychiques, sanitaires et sociales sur le mode de l’urgence a été le prix de la redoutable efficacité de cette démarche. Efficacité d’autant plus redoutable que l’opinion, façonnée par les médias et les discours politiques, a exigé de voir résoudre en urgence les problèmes de santé et de société.
C’est, je crois, à partir de cet état d’esprit que l’exclusion a littéralement été fabriquée dans nos sociétés. Comment aborder le problème des maladies chroniques, celui que posent les grandes migrations de populations, l’addiction ? Où sont les établissements où l’on prend le temps d’accompagner les personnes ? Obnubilé par la réparation et la guérison, on ne sait plus cheminer simplement comme soignant, et non comme guérissant, aux côtés de qui souffre et n’a pas d’espérance de restaurer son corps et son esprit : les personnes âgées, les handicapés, les gens atteints de maladies irréversibles comme l’Alzheimer… Il faut profondément changer notre culture et notre réflexion sur le sens de l’intervention humaniste et compatissante et ne plus poser au préalable des grilles telle l’efficacité brute. J’aimais bien l’intitulé précédent de la loi contre l’exclusion ; elle s’appelait « loi de cohésion sociale » et montrait la piste d’une société plus fraternelle en quête de référents symboliques qui désignent le sens.
Emmanuelli.
Lettre ouverte.
L’abolition universelle de la peine de mort est un combat qui peut être mené à terme dans le courant de notre génération.
La peine de mort est un acte de barbarie commis par des sociétés parfois très avancées. S’accorder le droit d’ôter la vie à un homme ou à une femme mis hors d’état de nuire, ce n’est pas le punir, c’est transgresser le droit humain le plus fondamental et se donner le pouvoir de porter d’autres atteintes à la dignité humaine. L’abolition est le symbole le plus marquant de la reconnaissance du caractère sacré de la vie.
Il est par ailleurs essentiel de mettre fin à l’impunité – la non-comparution en justice des responsables de violations des droits de l’homme- si l’on veut prévenir l’apparition de nouvelles atrocités.
En 1998, la Conférence de Rome des Nations unies a fixé les statuts de la Cour internationale chargée de juger les criminels de guerre et les auteurs de génocide .La ratification par tous les Etats et au plus vite s’impose.
Je plaide en faveur de l’instauration de ce tribunal pénal international permanent qui, sur plainte des victimes de tel ou tel Etat, pourra lancer un mandat d’arrêt contre les nouveaux Pinochet. Si ce tribunal existait déjà, les généraux algériens et les groupes armés auraient à rendre compte des 100 000 personnes tuées par les forces de sécurité, les milices officielles et les groupes armés, sans compter les milliers de « disparus ». Il en va de même pour le général Aussaresses, coupable d’actes de torture pendant la guerre d’Algérie.
Enfin, il faudrait inscrire les droits économiques et sociaux dans les constitutions afin qu’ils puissent faire l’objet de recours en justice. Un gouvernement ou la Banque mondiale pourraient de la sorte être amenés à comparaître pour violation du droit à l’éducation.
C’est le meilleur moyen de s’assurer que la mondialisation ne va pas détruire les sociétés et les cultures. Pierre Sané.
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